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日志


3月25日

Attendre quelque chose, les yeux grands ouverts

C'est une heure pour dormir. C'est une heure pour oublier. A 3h50, je devrais avoir les yeux fermés sur une piste surpeuplée ou dans un sommeil amnésique. La tête vide et les sens anesthésiés par les endorphines ou l'alcool.
 
Et je suis là. Perdu dans mes insomnies. J'attends que quelque chose se passe. J'aspire à ce que quelque chose me retire de ma vie un peu morne. Un peu vide. Un peu seul.
 
Je  suis passif face au temps qui s'égrène, jusqu'aux échéances proches et pourtant si lointaines.
 
L'excitation de ce qui pourrait bien être un virage. Est-ce la rencontre prévue aujourd'hui qui pourrait bien me libérer de mes monologues ? Est-ce l'entretien prévu lundi qui pourrait bien me libérer de ma frustration ?
 
Je ne sais même plus ce qui me tient éveillé malgrè moi. Je ne sais même pas quelle idée fut assez forte pour me tirer du sommeil il y a une heure et m'empêcher de me rendormir depuis.
 
Alors je lis un peu. J'écris un peu. Je pense à ce qui pourrait m'arriver de mieux, tout en m'attendant au pire. Pour ne pas tomber de haut, une fois de plus.
 
Je vais maintenant reprendre un livre. Tenter de fermer les yeux. Aurai-je recours à un substitut chimique ? Demanderai-je à une mollécule de me libérer de mon éveil ? Je ne pense pas.  Je vais essayer de vider ma tête sans artifice et attendre, les yeux fermés, dans un sommeil amnésique, que ma vie change un peu.
 
Bonne nuit.
3月18日

Et chercher une raison d'être là ...

Il est long à arriver cet ami. A chaque fois que son arrivée est proche c'est la même chose. Je trépigne. Je tourne. J'ai un poing sur la glotte qui m'empêche de déglutir. Je ressens l'appréhension de nourrir à nouveau le sentiment très fort que j'ai pour lui et l'impatience de sentir contre moi son étreinte sincère, et de partager quelques temps son regard bienveillant, son humeur enjouée et ses mots appaisants.

Nous avons décidé d'être ami. C'est ainsi que je me dois de considérer ce bijou de tendresse, et retenir entre nous cette complicité filiale qui nous est tombée dessus instantanément.

On est content de se voir. Il trépigne à son tour. Comme je m'y attendais, mue par sa jeunesse et sa faim de vie, il veut sortir. Il veut marcher sur les traces de son passé. Il veut se confronter à notre réalité, quelques années plus tard. Le Pollux en son temps accueillait tous les fétards du coin. Gay ou hétéro, chacun trouvait son compte dans l'ambiance presque niaise qui incendiait les deux étages de l'établissement.

Et ça s'en est allé. Paris, Toulous, Montpellier ou Lyon, d'autres villes ont volé à Bordeaux son âme nocturne. Et cette désolation n'a pas échappé à mon tendre ami. Il regarde autour de lui la platitude du lieu. Il cherche des yeux une accroche au passé. Une têt connue avec qui il aurait pu échanger sur une époque qu'il voudrait revivre un peu ce soir.

Rien. Les souvenirs sont aussi vide que la boite ce soir. Il danse un peu pour donner le change. Je n'ai pas cette indulgence. Un copain nous rejoint, nous offrant une récréation dans la déception du petit garçon que je couve du regard. Ensemble, on se met à chercher une raison d'être là  ...

La soirée s'étire un peu plus dans la musique vide de vibration et dans notre verre de whisky.

Il est temps de rentrer. Il me tarde d'arriver. Mon échange avec lui n'aura pas lieu sur un dancefloor. Tant que je ne serai pas débarrassé de ce pinsement en pensant à ce que nous pourrions vivre lui et moi, on ne pourra même pas partager le jeu de la séduction. Et lorsqu'on sortira, on continuera à chercher une raison d'être là ...
3月13日

Le printemps précède l'été

Bonjour,

Ce matin j’ai écouté ce petit air qui a fait ressurgir tant de choses. Des images du passé. De belles images d’Epinal. Des monochromes tendres et sensibles que je garderai toujours pas loin.

Comme ce petit garçon que j’ai croisé. Mon premier amour. Ce matin même, profitant du premier jour de la fin de l’hiver pour se rendre au travail à pied.

Je n’ai pas voulu prendre non plus le chemin bitumé de la rocade. J’ai préféré traverser le centre pour m’imprégner de son âme. Il fait si beau. On a le temps de vivre.

Et j’ai écouté ce petit air qui a fait ressurgir tant de choses. Des images du passé. De belles images d’Epinal. Tandis que les notes cristallines de « No Surprise » envahissaient ma tête, tandis que le soleil candide du presque printemps faisait fondre la couche de glace laissée en moi par un hiver de solitude, les monochromes tendres et sensibles se coloraient de leur réalité. Tandis que cette musique doucement mélancolique m’emportait loin derrière, j’avançais dans ce quartier qui avait été bercé pour moi par ces notes.

Le souvenir alors m’a décalqué. J’aurai voulu m’arrêter. Descendre de cette voiture qui me conduisait presque malgré moi vers mes obligations. Vers ma réalité. Vers aujourd’hui. J’aurai voulu glacer le temps. Figer ce passé monochrome, tendre et sensible. J’aurai voulu m’allonger sur les pavés de Saint Paul et percer de mes yeux les murs des donjons de mon bonheur. Me laisser emporter par l’euphorie et l’ivresse de ces souvenirs, de cette respiration, de ce printemps dans ma vie.

Change de musique. Pas de langueur. Cligne les yeux. Stop. Regarde devant. Ces images sont ternes. Arrête ! Arrête !

Et tandis que je m’éloignais de ce passé monochrome, tendre et sensible, tandis que je m’approchais de mes obligations, de ma réalité, d’aujourd’hui, j’ai déglacé le temps. Tandis que les notes cristallines quittaient mon âme, les belles images d’Epinal redevenaient monochromes. Tandis que je me libérais de mon passé, mes yeux laissaient couler l’émotion de ce voyage au fond de moi.

Mon passé, celui-ci est chaleureux. Mon présent est ouvert. Et il est temps que je bâtisse d'autres souvenirs. Un présent à ma hauteur. De belles images et une jolie musique cristalline.