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05 aprile

Réver avec les éléments

L'eau glacial de mars fondait des nuages pour se faufiler entre mes cheveux, entre mes cils, entre mon col et mon cou. Elle m'empéchait d'y voir clair dans la grisaille. Elle gelait mes épaules et le haut de mon dos. Elle dégoulinait en torrent le long de mon visage. Elle ne disait rien.
 
Avançant dans le gris de la ville, sous le gris du ciel, je permettais à des pensées colorées de tenter en vain de se frayer un passage dans le gris de mon âme.
 
Les murs en cloitres protecteurs défilaient à mes cotés sans que je n'y prenne garde, m'efforçant d'apercevoir l'arc en ciel dans mon environnement isolé.
 
C'est alors que la pluie redoubla ses efforts. Elle martelait sur le sol un rythme saccadé qui guida alors mes pas et mon évasion.
 
Résigné, je m'assis sur un banc pour donner un sens aux éléments et laisser mes pensées me guider, passif et emmerveillé.
 
C'est alors que nous nous sommes croisés.
 
Les gouttes ressérées se sont concentrées. Elles se sont enlacées pour créer son image. En fontaine, elles ont dessiné d'abord la silouhette de sa tête, son cou et ses épaules accueillantes. Glissant alors le long du vide, elles ont créé du néant la forme de son corps. Un torse fin et sculpté. Des bras moulés en statut. Des jambes longues et marquées.
 
L'amas d'eau pris forme sous mes yeux. La pluie n'était plus hostile. La forme s'est approchée de moi. Elle se gonflait de vie et de chaleur à mesure que ses pas la guidait vers mon réconfort.
 
L'homme a présent ému, dans toute sa transparence, me serra dans les bras, faisant corps de son corps d'eau pour protéger mon corps de ses soeurs esseulées. Telle une cascade de sensualité, je sentais la carresse purifiante de son regard liquide. Je priais pour que le soleil restât caché quelques minutes encore, pour laver mes grisailles à l'eau de cet homme.
 
Je me sentais à présent en harmonie avec ce corps fluide. Les éléments, la lumière, les pensées n'avaient plus d'emprise sur moi. Je m'évadais à l'étreinte de cette pluie.
 
Je me reveillai alors.
 
La pluie avait cessé. La ville était redevenue blanche, et le ciel un peu bleu. Le soleil croyant faire bien avait réussi à crever les nuages et à mettre fin à ma réverie.
 
Je reprenais goût à la réalité, gardant sur ma chemise collée à ma peau le souvenir de ce voyage avec la pluie. Je constatais que la lumière avait changé. Et mes pensées aussi.
 
J'adressai à la flaque à mes pieds un sourire et repris mon chemin dans une réalité colorée, chaude, qui évapora au fil des heures les traces de ma symbiose avec le temps.