Profilo di tiou3340Le Monde de Tiou ... pou...FotoBlogElenchi Strumenti Guida

Blog


31 maggio

Petit clin d'oeil

Don't worry, je n'ai pas viré folle hystérique ... Et le thème tapette n'est que temporaire ...
 
J'avais juste un clin d'oeil à faire à qui saura se reconnaitre ...
 
A +
 
H
10 maggio

Ballade en altitude

C'est avec arrogance que cette église m'a guidé sur les hauts de ce village de l'Entre Deux Mers.
Rien de grandiose. Rien de sculpté. Pas de gargouilles gigantesques ni de clocher brandi. Juste un amas habile de pierre blanche, une charpente grossière de bois brut, quelques tuiles aux couleurs hasardeuses et une putain d'audace qui dit "Monte ici si tu l'oses".
Relevant le défi de cette caractérielle, j'ai cherché un endroit dans le village pour garer ma voiture, et je me suis enfoncé dans l'escalier qui gravit le promontoire sur lequel elle est perchée.
L'église est entourée de ses Morts. La curiosité qui peut être macabre me pousse à lire ces témoignages du passé que sont les pierres tombales. Les prénoms ... Henriette ! Haha ! Les âges au moment du grand départ ... Même pas un an ! Quelle tragédie ! Un frisson me parcourt la colonne. La peau à vif, je détourne le regard de cette trop petite sépulture qui me ramène à mes propres trop jeunes fantômes, et je me lance dans la rencontre avec cette vieille bâtisse qui me toise à présent.
Elle n'est pourtant pas grande, mais de tout son âge et de toute sa sagesse, elle me fait baisser les yeux.
Je passe à présent ma main sur la pierre qui dévore le soleil de mai. Il reste encore des traces d'un maçon maladroit qui avait voulu emmurer le calcaire sous une couche de ciment. Heureusement, la pierre millénaire a rejetté cette greffe hideuse et repris sa position dominante sur le village.
Au contact du matériau friable, ma main commande à ma tête une pause. Une évasion.
La rugosité et la friabilité sous mes doigts se font alors douceur et fermeté. La pierre blanche en mes sens trouve la rondeur des moëllons de la bergerie que nous louions losque j'étais enfant.
Ma vue se brouille. Aussi, la butte devient-elle le flanc du mont des Pyrénnées où pendouillait notre villégiature.
Je revois la pente abrupte, tantôt verdoyante et sauvage, tantôt immaculée et majestueuse au rythme des saisons. Les fenêtres vaines du grenier où nous dormions, encerclées de buée et de neige, étincelante des rayons du soleil.
Je ressents le picotement vif du froid de cette chambre de fortunes où le vent d'hiver s'engouffre par les plaies de la toiture d'ardoise, le démangeaison des piqûres d'insectes de ces hauteurs, contractées dans la prairie en contrebas.
J'hume le feu de bois qui crépite depuis deux cents ans sous ces poutres boucanées, l'odeur de l'âne et des moutons dans l'enclos du jardin.
Les souvenirs d'enfance, aussi clairs que la vraie vie. La chutte sous la neige dans la pente de la montagne. Les bancs dans la cheminée où nous passions nos soirées ...
Et où est passé tout ça ? Où est en moi ce gosse qui aurait pu vivre là ? Qu'ai-je fait de mon âme ?
Je l'ai troquée contre pas grand chose.
Un petit bout pour ce beau mec accoudé au bar, avec qui je passerais bien la nuit. Un petit bout pour des lunettes Police. Encore un petit bout pour un parfum Chanel, un sac Longchamps et une chemise Versace.
J'ai dû brader le reste pour un appart en ville et quelques verres en boite.
Et voilà ! Je suis là, vide, à me dire "Et merde" et à remplir mon coeur et essayer de remplir le vôtre de ce qu'il y a de meilleur dans la Vie : un feu de cheminée, le rythme des saisons et un banc pour partager tout ça avec ceux que l'on aime.
Et puis à la fin de tout, au moment de mon grand départ, par pitié, ne me laissez pas ternir sous les pots d'échappement. Au lieu de ça, ben tiens !, envoyez moi faire un tour entre Henriette et cette môme d'un an ...